Utopik

 

Dans le prolongement d’une esthétique issue du M’Base où la priorité est donnée à la profusion rythmique, Utopiks’appuie sur une section basse/batterie utilisée comme excitant naturel aux improvisations. Le jeu électrique du leader de ce quintet, Guillaume Ruelland – également bassiste du Workshop de Stéphane Payen – bien installé au fond du son, est ici soutenu par la batterie d’Alexis Sebileau suffisamment sûr de son geste pour jouer en retenue. Ensemble, ils irriguent le groupe d’une pulsation subtile et stimulante pour leurs partenaires.

Emmenées par deux soufflants aussi différents que complémentaires, le quintet fonctionne sur un contraste fructueux. Le ténor de Hamsa Touré (également à l’aise sur des registres strictement funk) développe un son droit riche d’inventivité maîtrisée qui va s’entremêler aux propositions de l’ensemble de la formation. D’une sensibilité peu exubérante, il est la part obscure de cette paire dont la flûtiste Fanny Ménégoz est la part lumineuse. Dès “Xcessiv Patriot”, cette dernière montre un enthousiasme qui rappelle évidemment Magic Malik auprès de qui elle a travaillé, intégrant même sa Fanfare XP (elle participe par ailleurs au Surnatural Orchestra et au Healing Unit de Paul Wacrenier). Faisant le choix de la générosité, son discours aérien contrebalance l’efficacité directe du saxophone.

La formation ne se limite pourtant pas à partir droit devant dans une confrontation de virtuoses ; la présence du vibraphone de Gaspar José en atteste. Véritable pivot, les nappes qu’il distille en sous-main réorientent le propos et donnent du relief à des ambiances délicatement texturées. Que ce soit sur “Z.A.D.” où il joue d’économie pour poser quelques gouttes de son, ou dans “Désordre” sur lequel il ajoute des effets à son instrument, il est autant soutien que force de proposition. Le groupe imprègne ainsi d’un groove fin une transe jamais absente. Sans être outrancière, cette dernière consolide même des compositions dont l’agréable lisibilité rend l’écoute intéressante.