J’aime la musique, et je la joue en percussions.

Guidé par cet amour et par ma jeunesse, je suis les préceptes de mes modèles musicaux : les professeurs du conservatoire. Après avoir pris plaisir à ouvrir mes oreilles et à libérer mon corps il se trouve que l’on me demande finalement de ne pas trop ouvrir et de ne pas trop libérer.

En effet, me dit-on, il faut conserver la bonne culture, la culture vraie, celle qui sert de terreau à l’Art : la culture classique avec ses orchestres et sa musique de chambre.

C’en est bientôt trop pour moi, je fuis.

Dans mes errances je sympathise avec les musiques improvisées, et pour ce qui est de l’emploi, il n’y a pas grand chose à en dire.

Donc pour fonctionner je m’adresse à la CAF, qui me soutient financièrement, mais pas vraiment en qualité d’artiste.

Que faire alors ?

Tout d’abord il faut répéter, à plusieurs de préférences, ce qui est compliqué lorsque les lieux artistiques ouvrent difficilement leurs portes et que les prix de location de studios équipés sont bien trop élevés.

Ensuite, lorsque la musique est assez prête il est temps de se tourner vers les salles de concerts. Cela nécessite alors des compétences de communication, de diffusion et de production : CD enregistré en studio, teaser vidéo, photos et visuels, listes de diffusion, démarchages, rencontres et négociations, recherches de financement… Et pour se développer il faut une structure juridique; association loi 1901 en état de marche qui s’occupera des démarches administratives et comptables.

Mars 2020, la crise arrive, et pour cause de télétravail il faut investir dans des caméscopes à défaut de caméras, se former tant bien que mal au montage vidéo et s’essayer au concert filmé. En parallèle il faut s’atteler à la rédaction de nombreux dossiers artistiques pour finalement réaliser des résidences de répétition ou de création dans des lieux qui, à défaut de soutenir financièrement, soutiennent en mise à disposition d’espaces de travail.

Les musiques d’ensemble deviennent des solos, les formes déambulatoires se transforment en formes fixes, les concerts acoustiques deviennent des spectacles audiovisuels. L’angoisse est là, les maux de ventre aussi.

Et puis finalement la crise me fige… Des questions qui mhabitent depuis plusieurs années finissent par apparaître.

Comment se fait-il qu’il est si difficile de vendre des concerts de musiques populaires non soumises au divertissement, si chaleureuses dans leurs mélodies et dans leurs danses ?

Comment se fait-il qu’il est si difficile de vendre des concerts de musiques créatives empreintes de cultures camerounaises, si profondes dans leurs expérimentations rythmiques ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui, en tant que musicien bercé par les luttes pour une société créative, multiculturelle et artistiquement audacieuse, je me sens bien loin du grand Art et de ses divines créations.